









Préférer l’amas au monument.
Cette contrée s’invente comme un terrain de projection ; un espace
où la terre se met à respirer, où les corps fondent pour se muter
en d’autres possibilités, où les artifices deviennent des actes de
résistance.
Se détourner des chemins battus pour édifier nos coexistences.
Peut-être ne s’agit-il pas de faire corps, mais d’habiter
momentanément une même surface d’incertitude. D’occuper un
espace traversé par des présences, des récits, des matières et des
temporalités qui ne coïncident jamais tout à fait.
Les formes réunies ici n’illustrent pas une histoire. Elles proposent des conditions et des possibilités de
rencontre, de réunion.
Elles chuchottent le ralliement. Témoignent de sa nature et de ce qui l’insuffle.
Parceque ce qui fait le fagot, ce n’est pas l’uniformité, mais le lien.
Commment se joue le regroupement ? Au service de qui et/ou de quoi ? Sous quelle forme se manifeste
t-il et quelle est sa nature ?
L’exposition envisage le collectif non comme une forme stable mais comme un état transitoire. Un
ensemble de coexistences qui se composent, se déplacent, se défont puis se recomposent autrement.
Ici, l’assemblage importe davantage que l’unité. Les écarts, les résistances et les singularités ne sont pas
des obstacles à contourner mais les conditions mêmes de la rencontre.
Que deviennent les récits lorsqu’ils cessent d’appartenir à quelqu’un ?
Que produisent les matières lorsqu’elles sont déplacées de leur fonction première ?
Quels mondes émergent lorsque l’on suspend, ne serait-ce qu’un instant, les catégories qui organisent
nos manières d’être ensemble ?
Entre mémoire et invention, persistance et transformation, Les fagots ouvre un territoire poreux.
Un espace où les formes ne cherchent pas à s’imposer comme des certitudes mais comme des
hypothèses ; où les devenirs demeurent disponibles ; où le sens circule sans jamais se fixer
complètement.
Peut-être s’agit-il alors moins de reconnaître quelque chose que de se demander ce qui pourrait advenir.
